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LES QUATRE NOBLES VÉRITÉS – PARTIE 1

PHOTO - LES 4 NOBLES VÉRITÉSBonjour à tous.

Comme première chronique, je vous présente les quatre Nobles Vérités. Celles-ci sont le fondement du bouddhisme. Je laisse le soin à Gil Fronsdal docteur en études bouddhistes, écrivain et enseignant vous les présenter plus en profondeur.

Les Quatre Nobles Vérités

Le Bouddha dit : « J’enseigne une chose et une chose seulement, la souffrance et la fin de la souffrance. » Cette définition est l’une des plus simples de la pratique du Bouddhisme et elle témoigne de notre capacité de passer de la souffrance à la libération de la souffrance. De là, nous pouvons découvrir le monde avec compassion et réceptivité.

Dans la tradition Theravada l’accent est mis sur la compréhension de la souffrance, comment s’en délivrer et comment devenir heureux. En fait, se libérer requiert très peu de connaissances.

Dans son premier sermon « Tourner la roue du Dharma 3 » le Bouddha présente son enseignement sur la souffrance et la fin de la souffrance sous la forme des Quatre Nobles Vérités. Elles forment l’enseignement fondamental du Bouddhisme depuis plus de 2500 ans.

Presque toutes les traditions bouddhistes considèrent les Quatre Nobles Vérités comme un enseignement essentiel. Elles sont faciles à comprendre intellectuellement, mais il est dit qu’une compréhension profonde de l’effet de ces Quatre Nobles Vérités n’est possible que pour quelqu’un dont la libération est pleinement mûre. Lorsqu’il formula son enseignement des Quatre Nobles Vérités le Bouddha emprunta un modèle médical. Au temps du Bouddha, un médecin diagnostiquait un problème, définissait ses causes, posait son pronostic et prescrivait un traitement.

Le Bouddha suivi cette méthode lorsqu’il formula les Quatre Nobles Vérités :

1. La souffrance existe.
2. La cause de la souffrance est le désir insatiable.
3. La cessation de la souffrance est possible.
4. La cessation de la souffrance peut être atteinte en suivant le Noble Chemin
Octuple.

Il est significatif, je crois, qu’il ait choisi un modèle médical car il a ainsi évité la métaphysique. Les religions ont tendance à être imprégnées de croyances métaphysiques ou cosmologiques que les disciples sont requis d’accepter pour que le reste du système devienne compréhensible. Mais le Bouddha estimait que les spéculations métaphysiques ne nous aidaient pas à comprendre la liberté, la délivrance de la souffrance. Il évitait les dogmes. Il a offert des exercices et perspectives que nous pouvons vérifier par nous-mêmes, plutôt qu’une doctrine que nous devons accepter.

En effet, une des qualités fondamentales des Quatre Nobles Vérités est d’offrir un guide pour la vie spirituelle sans que nous devions adhérer à des croyances métaphysiques.

La Vérité de la Souffrance

La première Noble Vérité dit simplement que la souffrance existe. Elle ne dit pas que la vie est souffrance. Que la souffrance existe ne parait peut-être pas être une déclaration particulièrement profonde. La souffrance découle du fait d’être humain. La douleur fait partie de la condition humaine. On se cogne l’orteil et ça fait mal. Notre dos se démet. Même le Bouddha était sujet à la souffrance physique ; parfois il refusait de donner un discours sur le Dharma à cause de ses douleurs de dos. Les peines émotionnelles sont inévitables si nous sommes ouverts au monde. Quand des gens souffrent autour de nous et que nous sommes ouverts à leur souffrance, nous ressentons parfois un inconfort dû de notre pouvoir d’empathie.

Être humain c’est en partie sentir et comprendre ce qui se passe autour de nous. Cependant, le Bouddha ne cherchait pas à nous aider à nous libérer du genre de souffrance qu’est la douleur physique.

Dans le contexte des Quatre Nobles Vérités, nous pouvons faire la différence entre la souffrance inévitable et la souffrance optionnelle. La souffrance optionnelle est créée quand nous réagissons à notre expérience, par exemple en nous mettant en colère contre la souffrance intrinsèque à la douleur ou lorsque nous nous accrochons au plaisir.

Quand nous souffrons de douleurs physiques ou de maladie, nous commençons parfois par nous juger nous-mêmes : « Qu’ai-je fait de faux pour que cela m’arrive ? » Nous devenons critiques envers nous-mêmes ou nous blâmons les autres. Ou nous nous mettons en colère, devenons tristes ou sombrons dans la déprime face à la souffrance présente dans le monde. Quand nous réagissons avec aversion ou attachement, justification ou condamnation, nous ajoutons de la souffrance optionnelle.

Ces réactions accroissent les complications et la souffrance de notre vie. Il est possible de faire l’expérience de l’inévitable peine de la vie d’une manière simple et directe. Si la douleur est inévitable, ne pas y résister rend la vie beaucoup plus simple.

Ainsi l’enseignement des Quatre Nobles Vérités ne nous promet pas de nous soulager de la souffrance inévitable qui provient de notre condition humaine. La souffrance qu’adressent les Quatre Nobles Vérités est celle qui est liée au stress engendré par la relation que nous établissons avec notre expérience.

Quand nous nous attachons, nous souffrons. Quand nous essayons de garder nos distances par rapport à notre expérience, ou de la repousser, nous souffrons encore. Nous nous attachons à notre expérience, ou la repoussons, d’un nombre infini de manières. Développer un intérêt pour notre souffrance est le moyen de travailler avec les Quatre Nobles Vérités. D’après les textes anciens, seule la souffrance permet d’accéder à la voie Bouddhiste.

D’un point de vue bouddhiste, la reconnaissance de la souffrance est sacrée; celle-ci est digne de respect. Nous devons étudier notre souffrance, chercher à bien la connaître, avec le même sérieux que nous attendons des médecins qui traitent nos maladies.

Mais toute souffrance n’est pas monumentale. Nos souffrances plus subtiles peuvent nous aider à comprendre notre souffrance plus profonde. Il est donc aussi important d’étudier les souffrances mineures de notre vie, comme la frustration causée par un embouteillage ou l’irritation envers des collègues.

Nous pouvons étudier notre souffrance en prêtant attention à quoi nous nous attachons et de quelle manière. Pour nous aider à comprendre notre souffrance et de quoi nous souffrons, le Bouddha a énuméré quatre types d’attachement ou de dépendance.

Les Occidentaux trouveront peut-être que le plus facile à délaisser est l’attachement aux pratiques spirituelles et à l’éthique. Parfois nous nous attachons à notre pratique parce que nous nous raccrochons à l’espoir d’être libérés de la souffrance. Parfois nous nous attachons aux règles d’une pratique spirituelle, pensant que la seule chose requise est de les suivre. Ou il se peut que nous utilisions notre pratique pour nous forger une identité, ou pour nous évader de la vie.

Nous pouvons aussi nous attacher aux préceptes et aux règles d’éthique pour trouver une certaine sécurité. Parfois, parce que nous avons le sentiment que la voie Bouddhiste est merveilleuse, nous nous entêtons à essayer d’y attirer d’autres gens. Cet attachement à une pratique spirituelle cause de la souffrance pour nous et de la gêne pour les autres.

Le deuxième type d’attachement est notre attachement à nos vues. Ceci inclut toutes les opinions, histoires ou jugements auxquels nous nous raccrochons. Ceux-ci peuvent avoir une forte emprise sur nous et sur notre perception du monde. Peu de gens remettent en question leur croyance en leurs points de vue et les actions qui en découlent.

Beaucoup de nos émotions sont le résultat de nos points de vue ; même notre sens du soi peut être construit autour d’elles. Un exemple classique illustre comment nos points de vue créent nos émotions.

Réfléchissez à la manière dont vous réagiriez si quelqu’un vous faisait faux bond. Vous deviez rencontrer quelqu’un; vous attendez au coin d’une rue, au froid. Personne ne vient. C’est tout ce qui se passe vraiment. A ces faits, nous rajoutons souvent une histoire: cette personne ne me respecte pas. Cette évaluation faite, notre colère monte.

Cette colère ne survient pas parce que nous sommes entrain d’attendre dans un coin de rue et que personne ne vient. Elle survient parce que nous devenons obsédés par l’histoire que nous avons créée, qui peut être vraie ou fausse. Cet individu aurait pu avoir un accident et être aux urgences. Nous devons être conscients de nos interprétations ou suppositions et, sans leur donner trop de poids, envisager l’éventualité d’être dans l’erreur. Et s’il se trouve qu’elles sont correctes nous devons ensuite savoir comment agir avec sagesse sans même nous accrocher à la vérité.

La troisième forme d’attachement est l’attachement au sens du moi. Nous nous construisons une identité et nous nous y accrochons. La construction d’une identité ou d’une définition du moi est en fait la fabrication d’un point de vue.

C’est « l’histoire de moi » et nous nous y attachons plutôt que de simplement laisser les choses être comme elles sont. Maintenir et défendre une image du moi peut demander un grand effort. Cela peut alimenter une préoccupation égocentrique pour notre façon de parler, de nous habiller ou de nous comporter. Nous évaluons toute chose en fonction de son rapport à nous-mêmes, ce qui nous cause des souffrances sans fin.

Le quatrième type d’attachement est l’attachement au plaisir sensuel, qui inclut l’aversion contre l’inconfort. Dans les textes bouddhistes, c’est le premier type d’attachement ; je le mets en dernier car parfois cette approche dérange les gens. En lui-même, le plaisir sensuel n’est pas un problème ; notre vie nous apporte beaucoup de plaisirs sensuels. Le problème est que nous nous y attachons. William Blake exprime ceci admirablement :

Celui qui s’attache à un bonheur
Coupe les ailes de la vie
Mais celui qui embrasse le bonheur au vol
Vit dans l’éternité du soleil levant.

L’attachement au plaisir des sens est tellement prépondérant que beaucoup d’entre nous ont le sentiment que cela va mal quand les circonstances sont désagréables. Mais des sensations désagréables ne sont que des sensations désagréables jusqu’au moment où nous y rajoutons une histoire. Confondre le plaisir avec le bonheur est un moyen sûr d’alimenter l’attachement au plaisir.

Une part importante de la pratique bouddhiste est de découvrir un bonheur qui n’est pas lié à des objets de désir et de plaisir. Grâce à cette découverte, le charme séduisant du plaisir sensuel commence à diminuer.

Extrait de : Toucher le cœur du sujet
Par
Gil Fronsdal

La prise de connaissance des quatre Nobles Vérités m’a incité à m’ouvrir encore pour mieux comprendre le fonctionnement de mon esprit.

Considérant la longueur de ce texte, je vous présenterai les autres dans ma prochaine chronique.

Paix, amour lumière et harmonie.

Ananda Meh.


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